Kaamos

Projection sur verre dépoli, 2016, HD, muet, boucle, 3 minutes, dim. variables. Crédit photo : Mario Baux-Costesèque.

En Laponie, le kaamos est une période de pénombre qui s’étend de décembre à janvier durant laquelle le soleil ne se lève jamais. A 14h, la lumière devient bleue pendant 15 minutes.
Le mot kaamos, dont la sonorité renvoie aussi bien au chaos qu’au cosmos, évoque une idée de temps suspendu et singulier. C’est une atmosphère d’aube ou de crépuscule interminable.
Les 6 plans successifs nous immergent dans un monde bleu et électrique. Le tracé de chaque motifs renvoie au néon et à l’enseigne lumineuse. Progressivement du mouvement apparait dans les plans. L’errance, dans ces paysages proches du néant, nous mène à un être humain qui fait les 100 pas. Quelque chose fait fuir des oiseaux de la cime d’un arbre. C’est comme un signal donné par cette nature mystérieuse et qui annonce un événement.

Cette pièce est associée à Au même moment au bord de l'étang en tant que micro série.

Sélection

- Finaliste appel à candidature Box de Noël 2016, Le 19 CRAC, Montbéliard (25).
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[Photomontage du projet proposé ci-dessous]

Référence associée

. Baptiste Morizot, Sur la piste animale, préface de Viviane Despret, Actes Sud, Arles, 2018, p. 159-160

« On pourrait avancer que notre sensation de solitude cosmique est proportionnelle à notre cécité dans les forêts : si la forêt et, plus loin, l’ensemble des lieux où le vivant s’exprime (c’est-à-dire partout - hors les centres commerciaux) ont pu devenir les lieux privilégiés de la crise de solitude métaphysique (chantée par les poètes romantiques), c’est parce que nous les avons arpentés en aveugles. C’est peut-être parce que nous ne savons plus vraiment reconnaître et lire les traces et signes de la vie que nous pouvons avoir le sentiment d’être profondément seuls dans la forêt, et plus loin dans le monde. Autrement dit, ce n’est pas l’univers vivant qui est muet : c’est nous qui ne savons plus l’entendre ni le lire. Le vivant n’est plus un réseau de significations dans lequel l’humain peut s’orienter, comme chez lui. Il est nature morte, paysage esthétique déparé de ses significations et mystères écologiques, éthologiques, évolutionnistes, et ainsi page blanche pour angoisses métaphysiques.
[…]
On ne change de métaphysique qu’en changeant de pratiques. Dès lors, la pratique du pistage, parmi d’autres, acquiert une autre dimension : celle de se réapproprier une place délicate dans le monde vivant ; de lire, donner et échanger des signes ; de comprendre et composer avec la richesse créative du vivant dans ses relations à l’humain. De bricoler, enfin, une cosmologie un peu plus aimable que la nôtre, un sentiment peut-être un peu libérateur - celui de vivre en vivant, riche de ses héritages intérieurs, tissé à des vivants. »