« Le plus souvent, on fait des choses plus petites que soi.
On peut labourer un grand jardin, où même un grand champ,
mais chaque coup de pelle qu’on donne est plus petit que soi ;
ce n’est qu’à la longue et à la fin qu’on peut se satisfaire d’avoir
planté un grand champ.
Dans le tracteur, on contrôle des cadrans qui ne dépassent pas la
longueur d’un main.
C’est le champ qui se fait qu’on regarde en tournant sur son
siège.
De même le coup de truelle dépasse rarement vingt centimètres. »1

« P.B est né en 1962
P.B a vu beaucoup d’images
Auschwitz
Hiroshima
Apollo XI
des publicités pour des lessives
des avions furtifs dans le Golfe
les derniers Jeux Olympiques du millénaire

P.B regarde les images, écoute les commentaires
P.B joue son rôle d’occidental
P.B est assis »2

« La lecture de mes pièces prend du temps. Cet état contemplatif mène progressivement à un langage poétique. Poétique à la manière de Natalie Quintane1 et de Patrick Bouvet2; attelé à remarquer le réel, à exhumer l’absurde et le dérisoire, pétri de convictions. Poétique au sens de Francis Alÿs pour qui "l’acte poétique fait, l’espace d’un instant, un pas de côté par rapport aux circonstances."3 Le cheminement devient politique.
L’art prend toute son importance dés l’instant où un spectateur peut entrer en raisonnance avec une pièce. L’idée d’appropriation d’une œuvre et du spectateur actif tel que défini par Jacques Rancière influence ma réflexion. La notion de politique est à repositionner et non à éluder ni à illustrer. Selon lui "on ne passe pas de la vision d’un spectacle à une compréhension du monde et d’une compréhension intellectuelle à une décision d’action. On passe d’un monde sensible à un autre monde sensible qui définit d’autres tolérances et intolérances, d’autres capacités et incapacités."4
Dans mon rapport à la production je privilégie des moyens de réalisation qui s’éloignent de toute virtuosité technique visible. Je suis sensible à une forme de proximité à l’œuvre que facilite à mon avis cette économie de moyens.
Je tiens, en tant qu’individu, à faire partie intégrante du monde dans lequel je vis : comprendre son fonctionnement politique, philosophique, sociologique, économique, écologique… Ne pas être déconnecté de ce qui se passe autour. Tenter d’y prendre part. Façonner des propositions à partir de ce qui m’émeut ou me révolte. »

1Nathalie Quintane, «Sans titre» , dans (Collectif) Franck Smith et Christophe Fauchon, Poé/tri, 40 voix de la poésie contemporaine, Paris, Éditions Autrement, 2001, p. 122.

2Patrick Bouvet, biographie, dans (Collectif) Franck Smith et Christophe Fauchon, Poé/tri, 40 voix de la poésie contemporaine, Paris, Éditions Autrement, 2001, p. 21.

3Francis Alÿs : A Story of Deception, Londres/Bruxelles/New York, Texte imprimé, Éditions Tiels : Lannoo, 2010, p. 9.

4Jacques Rancière, Le Spectateur émancipé, Paris, Éditions La Fabrique, 2008, p. 74.